Jean-Pierre Dumas
12 mars 2024
Un système de retraite par répartition est un système où les actifs cotisent pour financer les retraités actuels. Les cotisations ne sont pas individualisées et ne peuvent pas faire l’objet d’épargne, puisque la masse des cotisations est immédiatement reversée aux retraités. Les flux transitent par les administrations publiques et financent immédiatement les prestations dues aux ménages retraités. C’est le modèle dominant en France.
Un système par capitalisation est l’opposé, chaque actif cotise pour sa propre retraite, il y a donc un lien direct entre la cotisation de l’actif et sa retraite. Le montant des cotisations individuelles n’est pas utilisé immédiatement, il est placé sur les marchés financiers dans un compte au nom du futur retraité. Il y a donc une épargne financière, alors qu’il n’y a aucune épargne dans le système par répartition. Cette épargne massive est investie sur les marchés financiers sous forme d’achat d’obligations, d’actions, etc., et rapporte des intérêts des dividendes, des plus-values (et aussi des moins-values) qui permettront de financer les retraites. La pension dépend alors du capital placé et du rendement obtenu. Aux États-Unis, les fonds de pension représentent environ $43 000 milliards d’actifs, soit 140% du PIB, en France, c’est quasi nul.
Cette épargne contribue au financement du tissu productif. Une des causes de la sous-industrialisation de la France peut provenir du fait qu’elle ne possède pas d’épargne massive qui s’investit dans l’industrie française (nombre d’entreprises françaises sont en fait détenues par des fonds anglo-saxons). Certes, il y a une forte épargne en France, mais elle est canalisée par les banques pour acheter de la dette nationale (fonds en euro), elle est investie dans l’immobilier, le logement social (Caisse des Dépôts et Consignation) et les collectivités locales.
Un système par répartition (cas de la France, l’Espagne, l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne (cf. figure 1), est plus exposé au risque, sans la mesure où leur système de retraite public n’est pas capitalisé “unfunded’’. Les actifs d’aujourd’hui financent les pensions des retraités d’aujourd’hui, ce qui signifie que, dans les pays à vieillissement rapide, les régimes dépendront d’un nombre de cotisants en diminution et de retraités en augmentation.
Il faut toujours se méfier des gens qui invoquent des principes moraux « la retraite par répartition est préférable à la retraite par capitalisation, car elle repose sur la « solidarité » intergénérationnelle ». Vraiment ? Un système qui repose sur la dette publique pour son financement repose « une solidarité régressive ».
Dans un système mixte (comme aux États-Unis, Suisse, au Danemark, Pays-Bas, en Suède, Royaume-Uni, ou au Canada), les engagements futurs de pensions sont en partie couverts par des actifs financiers détenus par les fonds de pension. Les cotisations accumulées sont investies sur les marchés financiers et constituent un stock d’actifs qui contribue au financement des pensions futures
Dans un régime de retraite principalement fondé sur la répartition, les engagements futurs dépendent de la capacité des actifs à cotiser. En cas de déficit, il peut être nécessaire de recourir à des impôts et/ou de l’endettement supplémentaires. Dans un cas, le risque est pris par les retraités (risque financier), dans l’autre il est assumé par l’État (c’est-à-dire la collectivité
Figure 1 La France a un système de pension public qui repose sur des cotisations, des impôts et des subventions budgétaires
Source : TE, European pensions, Dec. 2025.
Le système par répartition français a une autre caractéristique qui le rend particulièrement vulnérable. Il s’agit d’un système par répartition à bénéfices définis. C’est-à-dire que les bénéfices (les prestations) sont définis par des droits acquis, indépendamment des ressources disponibles (les cotisations).
En France, l’État est le bailleur en dernier ressort de l’équilibre du système retraite.
« lorsqu’est abordée la question de son équilibre et de sa pérennité, ce système devrait être considéré comme un tout, puisqu’au bout du compte, c’est l’État, au nom de la Nation, qui est appelé à en assurer l’équilibre général. »
F. Bayrou in Retraite : une base objective pour le débat, Commissariat au plan, 2022.
Dans un système par répartition à bénéfice défini, un retraité a droit à un certain pourcentage de son salaire, sans se préoccuper de savoir comment il va être financé. Si les cotisations des salariés et des actifs ne sont pas suffisantes, on va créer des impôts supplémentaires pour financer le solde (CSG). Si les impôts ne sont pas suffisants, on va financer l’écart par des dépenses publiques (des subventions), qui, elles-mêmes, sont financées par de la dette.
Pour les pays qui présentent simultanément les caractéristiques suivantes : -des pensions généreuses et rigides à la baisse, -un nombre décroissant de cotisants par rapport aux bénéficiaires, -un déclin démographique, -un âge de départ à la retraite précoce et -une augmentation de l’espérance de vie, ce système est létal.
La France, empêtrée dans le maintien de ses avantages acquis, a manqué le virage vers un système de retraite mixte. Tout système moderne de retraite repose sur trois piliers clairement distincts :
1. Un système de solidarité non contributif pour les personnes vulnérables qui auront droit à une retraite minimum. Cette retraite est plafonnée et ne peut être financée que par des impôts.
2. Un volet contributif par répartition à prestations non définies financées par des cotisations qui financent des prestations modulées en fonction d’un paramètre qui varie en fonction de la démographie.
3. Un volet retraite par capitalisation individuel qui complémente le second