Thucydide, Musée royal de l’Ontario
Août 2025
Il s’agit d’un dialogue pas si imaginaire entre Poutine, Zelensky et Trump sur les négociations de paix entre la Russie et l’Ukraine. Ce dialogue nous a été transmis, il y a 2400 ans, par Thucydide. C’est le fameux dialogue entre Athéniens et les Méliens, il n’a rien perdu de son actualité.
« Quand on peut avoir recours à la violence, il n’est nul besoin de procès »
Thucydide
« Pour nous, la parole n'est pas nuisible à l'action, ce qui l'est, c'est de ne pas se renseigner avant de se lancer dans l'action. »
Peut-être, Thucydide (L. II, ch. XL) pensait-il à Trump...
« la justice n'entre en ligne de compte dans le raisonnement des hommes que si les forces sont égales de part et d'autre ; dans le cas contraire, les forts exercent leur pouvoir et les faibles doivent leur céder »
(Thucydide V, 89).
Les forces russes envahirent l’Ukraine, le 24 février 2022, le 28 février 2025, la réunion Trump-Zelensky marque l’abandon de la cause ukrainienne par les États-Unis de Trump et son union incestueuse avec la Russie de Poutine. Les États-Unis du Président Trump entrent dans l’impensable, ils changent d’alliance.
Des négociations de paix vont avoir lieu entre les États-Unis et l’Ukraine, les États-Unis et la Russie. Nous proposons de retracer ces négociations telles que relatées par Thucydide (416 avant J.C.).
Si l’histoire n’est pas « un perpétuel recommencement », la méthode pour l’appréhender a été mise en œuvre par Thucydide, il pensait que son œuvre était unique et servirait de modèle pour les générations futures d’historiens. Il est le premier à raisonner en termes de nécessité et de rationalité (le monde ne s’explique pas par la morale, les interventions divines, les jugements de valeur (l’indignation ne sert à rien). Il recherche des invariants qui ont existé « avant nous et qui subsisteront à jamais après nous », c’est ce qui fait son actualité aujourd’hui, « voir clair dans les faits passés et, par conséquent, aussi dans les faits analogues que l’avenir selon la loi de choses humaines ne peut manquer de ramener ». Thucydide, Guerre du Péloponnèse, livre I, 22).
En effet, la confrontation, entre les négociateurs athéniens et ceux de la petite île de Mélos qu’Athènes voulait coloniser au Ve siècle av. J.-C., n’est pas sans nous rappeler la situation dramatique entre l’Ukraine et la Russie aujourd’hui. Y aurait-il, comme le dit J-N Jeanneney «
Zelinsky : Fort de notre bon droit, nous refusons de céder à la servitude (V, 86).
Trump : Si vous commencez à invoquer vos droits, nous interrompons l’entretien. Il n'est pas question pour vous d'une lutte d'égal à égal, car maintenant, on a changé l’ordre du monde, il serait souhaitable que vous évitiez la honte d'une défaite. Vous savez que vous n’avez pas les cartes en main, d’autant plus que nous avons donné les nôtres à Poutine. C'est sur votre salut même que vous délibérez et vous avez à vous garder d'attaquer des adversaires bien plus puissants que vous (V, 101).
Poutine : Vous étiez sous notre tutelle dans le passé, il est donc juste que vous reveniez dans notre empire. Il nous faut, de part et d'autre, ne pas sortir du monde réel; il est normal que, de tout temps, le plus faible se trouve sous la domination du plus fort (I, 76) ; nous le savons et vous le savez aussi bien que nous, la justice n'entre en ligne de compte dans le raisonnement des hommes que si les forces sont égales de part et d'autre ; dans le cas contraire, les forts exercent leur pouvoir et les faibles doivent leur céder (V, 89).
Nous sommes ici, comme nous allons vous le prouver, pour consolider notre empire et pour sauver votre pays. Nous voulons établir notre domination sur vous sans qu'il nous en coûte de peine et, dans notre intérêt commun, assurer votre salut (V, 91).
Zelensky : Quel est notre intérêt, si notre sort se limite à devenir vos esclaves et vous à être les maîtres ? (V, 92)
Trump : Vous auriez tout intérêt à vous soumettre avant de subir les pires malheurs et vous éviteriez à la Russie la nécessité de vous faire périr (V, 93).
Zelensky : Si nous fixions une ligne de démarcation et que nous cessions cette guerre sans entrer dans aucune alliance ? (V, 94)
Poutine : Non, votre hostilité nous fait moins de tort que votre neutralité ; celle-ci est, aux yeux de nos sujets, une preuve de notre faiblesse; celle-là, un témoignage de notre puissance (V, 95).
Ainsi, en vous réduisant à l'obéissance, nous ne faisons que rétablir nos droits ancestraux sur votre pays; en outre, par votre soumission, nous accroîtrons notre sécurité face au bloc hostile qui nous encercle, enfin, l’idée, qu’un petit pays, comme le vôtre, puisse résister victorieusement à la plus puissante armée du monde, nous est insupportable (V, 97).
Zelensky : Que faites-vous, sinon fortifier vos ennemis et déchaîner contre vous ceux-là mêmes qui, jusqu’à présent, n’avaient pas l’intention de vous montrer de l’hostilité ? (V, 98). Regardez, vous, et le Président Trump, avez réussi à réveiller l’Europe qui, hier encore, vivait somnolente à l’ombre du parapluie américain et qui, aujourd’hui, ne parle que d’accroître leurs dépenses militaires. Les États-Unis ont perdu la confiance de leurs alliés traditionnels et cela va perdurer. La Grande-Bretagne et l’Allemagne ont compris que la protection américaine était un leurre et se rapprochent de l’Europe (même de la France). L’Europe va construire une coalition incluant la Grande-Bretagne (qui commence à réaliser qu’elle est européenne), le Canada et la Corée du Sud, qui ont été humiliés par la politique erratique de Trump.
Poutine : Ce ne sont pas les pays européens que nous craignons, mais plutôt ces pays appartenant à notre bloc qui nous ont quittés en 1991 pour rejoindre l’OTAN, malgré les promesses faites par James Baker et Dietrich Genscher à M. Gorbatchev en 1990 “not one inch eastward’’
Ces pays qui regimbent contre une domination nécessaire risquent de nous précipiter avec eux dans des dangers extrêmes. (V, 99). Le bloc de l’Ouest doit comprendre que nous ne voulons pas d’Occidentaux à notre porte. L’enjeu ukrainien est plus important à mes yeux que pour les Européens et a fortiori pour les Américains.
Quant à vos alliés européens, il leur faudra beaucoup de temps pour se mettre en ordre de bataille. Regardez, les pays européens se sont ramollis sur le plan des valeurs et sur le plan militaire. Sur le plan militaire, les pays européens n'ont pensé qu’à « cultiver les dividendes de la paix ». Leur effort militaire a fortement chuté, un pays comme la France par ex. dépensait en 1960 plus de 5% de son PIB en dépenses militaires, en 2023, elle arrive difficilement à 2% (à condition d’y inclure les salaires et les pensions des militaires), alors que, chez nous, notre effort militaire en proportion du PIB est trois fois plus élevé. Quand ils se réunissent, c’est pour « échanger », « réfléchir » « émettre des idées ». Le mode verbal préféré des Européens est le conditionnel : « on pourrait mobiliser… recruter… financer… emprunter… envoyer… contribuer… saisir». Une grande partie de l’opinion européenne (en particulier l’extrême droite et l’extrême gauche) est en faveur d’une attitude d’« apaisement » à notre égard, car ils ne sont ni prêts ni désireux d’entrer en guerre et ont peur de nous.
Quant à l’appui de l’aide américaine à votre cause, elle a subi de nombreuses restrictions sous l’administration Biden et vous voyiez bien où elle se situe à l’heure actuelle ; non seulement le Président des États-Unis souhaite mettre fin à toutes aides militaires à votre pays (il est vrai qu’il est difficile à suivre dans ses changements d’humeur erratiques), il veut que vous remboursiez l’aide fournie par son prédécesseur et, si vous arriviez à le convaincre de vous fournir des armes, il demandera que vous (sous le truchement de l’Europe) payiez et l’Europe s’exécutera. Le Président Trump n’est pas disposé à utiliser de moyen de pression contre nous et encore moins à envoyer les “boys’’ sur le terrain (pas plus que les leaders Européens qui ne parlent que d’envoyer « des forces de maintien de la paix », c’est pitoyable). Trump veut « la paix » à tout prix. Je lui offrirais donc « ma paix » : le contrôle de l’Ukraine contre l’exploitation d’une partie des terres rares dans ce pays et, bien entendu, la disparition de Zelensky et l’impossibilité pour l’Ukraine d’être un jour membre de l’OTAN. Nous essaierons, suivant les rapports de force en présence, de demander le retrait des forces de l’OTAN des pays baltes et de la Pologne. Nous n’accepterons aucun soldat européen sur le sol ukrainien.
Zelensky : Malgré l’infériorité de nos forces, nous avons su vous résister depuis maintenant trois ans et demi que vous nous avez attaqués, nous avons confiance que, forts de la justice de notre cause, nous résisterons à l'injustice. L'infériorité de nos forces sera, malgré l’abandon des États-Unis, compensée par l'alliance avec les pays d’Europe, que le sentiment de notre commune origine et la crainte de passer ensuite sous vos fers contraindront, non seulement pour l’honneur, mais aussi par intérêt, à venir à notre secours. Notre hardiesse n'est donc pas si mal fondée (V, 104).
Poutine : Je vois que vous persistez dans vos folles espérances. De notre côté, nous ne sommes pas sans alliés autrement plus puissants: la Chine, la Corée du Nord, la Biélorussie et l’Iran, auxquels on peut aujourd’hui ajouter la neutralité des États-Unis de Trump. Ces puissances tendent, selon une nécessité de leur nature, à la domination partout où leurs forces prévalent. Ce n'est pas nous qui avons établi cette loi et nous ne sommes pas non plus les premiers à l'appliquer. Elle était en pratique avant nous ; elle subsistera à jamais après nous. Nous en profitons, bien convaincus que, vous, comme les autres, si vous aviez notre puissance, vous ne vous comporteriez pas autrement. Grâce à nos alliés, selon toute probabilité, nous ne craignons pas d'être mis en état d'infériorité (V, 105).
Ce qui nous anime n’est rien moins que la fin de l’ordre mondial mis en place, il y a 80 ans, par les États-Unis et leurs alliés. Notre objectif est la dislocation de L’OTAN. Nous ne voulons rien d’autre qu’un retour aux sphères d’influence, les grandes puissances dictant le sort des petits pays. Je prends l’Ukraine, et les pays baltes ; ça prendra le temps nécessaire, j’ai, contrairement aux démocraties européennes, le temps avec moi. Mon ami Trump prendra le Groenland, le Panama et le Canada. En échange, on n’aura aucune difficulté à lui faire croire qu’il fait un « deal » en fermant les yeux sur l’annexion de Taïwan et de la mer de Chine par Xi Jinping.
Quant à vos espoirs sur les Européens, dont vous escomptez qu'ils vous secourront pour ne pas trahir l'honneur, nous vous félicitons de votre naïveté, sans approuver votre folie. Les Européens, il est vrai, entre eux et dans leurs institutions nationales et leurs discours, font preuve généralement de droiture ; mais leurs discours moraux dépassent souvent leurs actes. En un mot : plus qu'aucun peuple à notre connaissance, ils sont tombés dans le luxe, la mollesse et le socialisme, une telle disposition d'esprit ne s'accorde guère avec vos folles espérances sur votre salut (V, 105).
N'est-ce pas, l’ancienne chancelière de l’Allemagne, Mme Merkel, qui disait « l’Europe 7% de la population mondiale, 25% du PIB mondial et 50% des dépenses sociales dans le monde ». Alors l’Europe n’est pas prête à abandonner son modèle social pour passer demain à une société en arme (cela est confirmé par le Ministre socialiste des finances français « on ne touche pas au modèle social français »).
Est-ce que, demain, les Européens vont accepter une réduction de leurs avantages acquis pour accroître les dépenses militaires ? Alors, Mme von der Leyen (et le Président Macron) qui connaissent leur population, ne parlent jamais de réduction des dépenses actuelles pour les remplacer par des dépenses militaires, mais d’additionnalité. Ils disent aux Européens: ne vous faites aucun souci, la Commission va autoriser un dépassement de la règle budgétaire d’un déficit maximum de 3% pour des dépenses militaires additionnelles. Ainsi, les dépenses additionnelles de défense ne seront pas prises en compte dans le calcul du déficit. Comme si la mesure du déficit budgétaire dépendait des décisions prises par la Commission européenne ; comme si un pays comme la France avait attendu l’autorisation de la Commission pour dépasser allègrement la règle des trois pour cent. Le déficit budgétaire représente la différence entre toutes les recettes et toutes les dépenses (incluant celles de la défense). Ce déficit devra être financé et il ne sera financé que par un accroissement de dette.
Alors, Mme von der Leyen vous dit, l’Europe va faire un grand emprunt pour financer les dépenses militaires. L’UE va dépenser €800 milliards pour la défense. Cette somme semble plus virtuelle que réelle. Elle comprend un emprunt et une permission (déjà largement utilisée par certains pays). La Commission propose d’émettre, sur les marchés, un emprunt s’élevant à €150 milliards qu’elle reprêterait aux États membres pour financer des dépenses de défense. Ce n’est rien d’autre qu’un accroissement de dette pour les États membres, dette qui au lieu d’être contractée au niveau national, sera contractée par la Commission européenne avec l’aval des États membres. Dans la mesure où une dette doit être remboursée ; si c’est la Commission européenne qui lève cet emprunt, elle ne le remboursera pas, car elle n’a point de ressources propres, seuls les États membres (donc les citoyens de chaque pays) rembourseront cet emprunt « communautaire ». Les autres €650 milliards proviendraient de l’endettement supplémentaire de chaque État qui correspondraient au fameux dépassement du déficit de 3% qui serait autorisé par la Commission. Ces €800 milliards sont un mirage. Le chef de l’État français qui cherche à être le leader de l’Europe sur le réarmement de l’Europe est pris dans la contradiction entre la nécessaire augmentation des dépenses de défense en France et l’absence totale d’espace budgétaire dans un pays qui a confondu la pérennité des avantages acquis avec le socialisme.
Trump : Vous voyez bien que l'intérêt se confond avec la sécurité, tandis que le juste et l'honnête sont indissociables des dangers. Et les Européens se gardent bien en général de les affronter, sauf en parole. (V, 107)
Zelensky : Eh bien ! nous pensons que, pour nous secourir, ils affronteront bien volontiers ces dangers et que les risques leur paraîtront moins grands avec nous qu'avec d'autres ; car notre combat sert in fine à défendre l’Europe et notre communauté d'origine les assure davantage de notre fidélité (V, 108). Nous sommes leur rempart contre votre impérialisme.
Trump : Aux yeux de ceux dont on réclame l'assistance, la meilleure garantie n'est pas leur sympathie, mais la supériorité de leurs forces. C'est une considération à laquelle les Européens sont particulièrement sensibles ; or ils se défient de leur propre puissance (surtout, ils se sentent orphelins depuis que nous ne faisons plus partie de leur alliance) (V, 109).
Ils sont particulièrement lents dans la prise de décisions, aucune décision n’est possible sans d’interminables réunions à tous les niveaux. Ils cherchent à atteindre un consensus, mais ce n’est pas la voie ni la méthode appropriée pour conclure des « deals’ ».
Dans nos pays, du moins depuis que je suis au pouvoir, nous pratiquons la verticalité du pouvoir. Aussi est-il peu probable qu'ils vous soient d’une grande aide, tant ils sont habitués à procrastiner et sont tétanisés par notre absence à leur côté.
La seule chose qui compte est de conclure le plus rapidement possible la paix afin d’éviter tous ces morts.
Poutine : Ne vous laissez pas égarer par ce sentiment d'honneur qui, si souvent, perd les hommes au milieu de dangers sans gloire et menaçants. Que de gens, en se faisant illusion sur les risques qu'ils couraient, se sont laissés entraîner par l'attrait de ce mot : l'honneur ! Séduits par ce terme, ils sont tombés, de leur plein gré, dans des maux sans remède. Leur déshonneur est d'autant plus ignominieux qu'il est dû à leur folie et non à la fortune. En délibérant sagement, vous éviterez ce malheur et vous conviendrez qu'il n'y a rien d'infamant à céder à un État puissant, dont les propositions sont pleines de modération, lorsqu'on vous offre de devenir ses alliés et ses tributaires, en vous laissant la propriété de votre sol. Puisque vous avez le choix entre la guerre et votre sécurité, vous ne prendrez pas le plus mauvais parti. Ne pas céder à ses égaux, mais, se bien comporter envers les forts, et user de modération envers les faibles : voilà les conditions essentielles de la prospérité d'un État. C’est votre patrie qui est l’objet de vos délibérations et une seule délibération bonne ou mauvaise décidera de son avenir (V, 111).
Zelinsky : Comment osez-vous parler de modération quand toute votre histoire, à notre égard, vis-à-vis de la Pologne et des pays baltes, repose sur la domination, la déportation, la répression la plus féroce. Staline a pratiqué un véritable génocide en 1933, lors de l’Holodomor qui a tué au moins trois millions d’Ukrainiens en spoliant notre pays. Quant à votre « paix » c’est la « dénazification » c’est-à-dire déporter, annihiler entre 10 à 20% de notre population.
Les Russes et les Américains se retirèrent de la conférence. Les Ukrainiens, restés seuls, demeurèrent sur leurs positions et firent cette réponse : « Notre manière de voir n'a pas varié. Nous nous refusons à perdre notre liberté, en un instant, un pays dont la fondation remonte déjà à plus de mille ans. Nous avons confiance dans notre peuple et nos alliés qui, grâce à Dieu, nous ont soutenus jusqu'à ce jour. Nous vous proposons notre amitié et notre neutralité ; mais nous vous invitons à évacuer notre territoire en concluant un traité au mieux de vos intérêts comme des nôtres. ».
Poutine rompant la conférence répondit : « Ainsi donc, d'après votre décision, vous êtes les seuls, semble-t-il, à regarder l'avenir comme plus assuré que ce que vous avez sous les yeux. Votre désir vous fait considérer comme déjà réalisé ce qui est encore incertain. Votre fol espoir vous pousse à vous livrer entièrement aux Européens, aux illusions, à l'espérance. Vous vous en repentirez. Vous devez savoir que, pour moi, la signature de traité de paix n’a aucun sens, d’autant plus que je bénéficie de la passivité des États-Unis» (V, 113).
Thucydide : Les délégations athéniennes regagnèrent l'armée. Les Méliens se rendirent aux Athéniens. Ceux-ci massacrèrent tous les adultes mâles et réduisirent en esclavage les femmes et les enfants. Dès lors, ils occupèrent l'île où ils envoyèrent ensuite des colons pour dominer ce territoire conquis.
Le narrateur : Voilà le sort misérable réservé aux Méliens par les Athéniens. Mais si les sentiments humains ne changent pas, les évènements du présent ne sont pas la nécessaire répétition de ceux du passé. La plus grande armée du monde, en dépit d’environ 200 000 morts, n’a pas été capable d’envahir l’Ukraine. La Russie n’est un grand pays que par la taille (son PIB est égal à celui du Brésil). Son armée est aussi épuisée, ses munitions viennent à manquer, ses pertes humaines sont aussi énormes. L’armée ukrainienne est faible, elle a souffert de pertes énormes en vies humaines, mais elle a su démontrer un grand courage et de l’ingéniosité pour se défendre. La production intérieure d’armes de l’Ukraine s’est considérablement développée avec l’aide américaine et européenne, notamment dans la production de drones et des systèmes de défense électroniques.
Le rôle des pays européens est loin d’être négligeable s’ils savent se reprendre et appuyer l’effort militaire à l’Ukraine. L’Europe peut accroître son aide militaire à l’Ukraine. L’Allemagne et la GB ont donné moins de 0.2% de leur PIB à l’Ukraine, la France, l’Espagne et l’Italie 0.1% (cf. TE, March 4th 2025, Can-Europe-keep-Ukraine-in-the-fight-if-America-really-has-bailed).
L’Ukraine ne perdra pas la guerre si l’Europe arrête de procrastiner et l’aide en fonction de ses besoins sans les restrictions et les délais d’usage.
Il faut se méfier des mots qui ont une connotation morale qu’on accepte sans réfléchir, « on veut la paix, n’importe quelle paix ». « Ce que ni eux ni Trump ne disent, c’est que leur paix, c’est la capitulation, la paix de la défaite, le remplacement de ‘de Gaulle-Zelensky’ par un ‘Pétain ukrainien’ à la botte de Poutine, la paix des collabos (l’extrême droite et l’extrême gauche) qui ont refusé depuis trois ans toute aide aux Ukrainiens ! » Sénateur Malhuret
N’est-ce pas Thucydide, l’analyste froid, l’homme neutre, l’homme sans valeurs morales a priori, l’homme qui n’élève pas l’indignation au rang de raisonnement, qui dit : « il faut à la fois apporter de l’audace et de la réflexion dans nos entreprises… les plus valeureux sont ceux qui, tout en connaissant exactement les difficultés et les agréments de la vie, ne se détournent pas des dangers ». « Il est dans la nature de l’homme d’opprimer ceux qui cèdent et de respecter ceux qui résistent ».
THUCYDIDE, HISTOIRE DE LA GUERRE DU PÉLOPONNÈSE, TOME 2, LIVRE CINQUIÈME